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Part of speech name (book or play title)
Author Rabearivelo Jean-Joseph
Publishings 1928. Imprimerie de l' Imerina. Pages: 108.
Excerpts 
page XX
Amontana
Amontana, la nuit trouble à peine ton coeur
de palmes quand la lune, illuminant ton front
de sa lumière bleue, apaise ta langueur
et te fait oublier les jours noirs qui viendront.

Ni l'aile furieuse et puissante du vent,
ni le feu destructeur ne courbe ta fierté :
ton essor végétal va toujours s'élevant,
indifférent aux coups de la fatalité !

Et ton sang continue, incessant renouveau,
à nourrir de ton ombre ardente le tombeau
désolé d'être seul parmi le paysage.

Amontana, les jours où nous ne serons plus
que les mânes épars des âges révolus,
puisse ton souvenir couronner mon visage !
page 65
Aviavy
Arbre qui prends racine aux pierres des tombeaux
et dont la sève vive est peut-être le sang
de ceux qui furent les flambeaux
de mon Emyrne et de son esprit finissant,

tu dresses dans l’azur ton palais ténébreux
qui ne fait retentir dans le front du matin
que les appels silencieux
de nos morts contre les astuces du Destin !

Et tu nous dis, bel arbre isolé, de rester
nous-mêmes et d’avoir ta suprême fierté
d’épouser nos seuls paysages.

Ah ! qu’à te voir, ficus aux feuillages légers,
bien que naissant parmi des rythmes étrangers,
mon chant s’inspire de nos sages!

page XX
Voandelaka
Ce n'est pas seulement l'annonce printanière
en cette terre où l'arbre a toujours sa verdure
et dédie à l'amour fleuri de la lumière
sa cime qui résiste à la grande froidure,

ni l'union au bleu rose des créuscules
du mauve parfumé qui jaillit de ta sève,
que m'apportent, ce soir, tes primes panicules,
ô lilas où la nuit fait retentir son rêve !

Plus encor, la saison ranime en ma mémoire
les plaisirs que j'avais sous ta frondaison noire
à deviser avec mes amis en-allés !

Et suscitée, hélas ! par ta seule venue,
ma jeunesse surgit, découronnée et nue,
de ton ombre où j'entends quels appels désolés !
page XX
Ampongabendanitra
Fleur mauresque égarée en terre imérinienne
qui te plaisais jadis à parer des sultanes
ivres d'amour et de lune au pied des platanes,
je dirai ta tristesse au seuil des mers indiennes.

A la feinte de marbre et d'or d'une mosquée,
aux briques roses d'un minaret en ruines,
je vois, parmi la nuit et ses froides bruines,
s'enlacer et mourir la jeunesse étriquée

de tes branches qu'épouse une jeunesse vide
de maint grain rubescent au coeur d'un ciel livide
qui n'annonce pour toi nulle faveur d'avril !

Vaine offrande en l'honneur d'une origine obscure :
seule ta sève donatrice est encor pure,
le sol et le soleil attestant quel exil !
page xx
Filao, filao, frère de ma tristesse,
qui nous viens d'un pays lointain et maritime,
le sol imérinien a-t-il pour ta sveltesse
l'élément favorable à sa nature intime ?

Tu sembles regretter les danses sur la plage
des filles de la mer, de la brise et du sable,
et tu revis en songe un matin sans orage
glorieux et fier de ta sève intarissable.

Maintenant que l'exil fait craquer ton écorce,
l'élan de tes rejets défaillants et sans force
ne dédie aux oiseaux qu'un reposoir sans ombre,

tel mon chant qui serait une oeuvre folle et vaine
si, né selon un rythme étranger et son nombre,
il ne vivait du sang qui coule dans mes veines !
page XX
Voahangy
Incessant renouveau d'un arbre qui vieillit,
fruit gonflé du soleil des zones les plus calmes,
ô source aérienne, ô source au coeur des palmes
et dont le jet sucré pour notre soif jaillit,

disputerai-je autant à l'abeille sauvage
qui prépare son miel en ta maturité,
qu'à l'oiseau dont le chant nous annonce l'été,
la clarté, le parfum, le goût de ton breuvage ?

Au moins, lorsque ton ombre accueillera le soir,
je viendrai savourant les Eglogues, m'asseoir
devant le paysage auguste et magnifique,

et vivre sous ton vocable, jusqu'à la nuit,
fiançant, oranger nuptial, mon ennui
aux tristesses d'un ciel profond et pacifique !
page XX
Laingomena
Je te vois au tourment de l'azur bleu livrée,
liane arborescente, ardente bougainville
qui couronnes le coeur et le front de la Ville
de ta flore empourprée.
page XX
Ravintsara
Laurier, usurpateur du trône séculaire
où verdissaient jadis les arbres des Tropiques,
et qui plantes partout tes thyrses magnifiques,
dons de sang proposés au coeur crépusculaire,

est-ce pour mieux marquer la chute de ma race
et pour symboliser l'empreinte occidentale
qui souille l'entité de son âme ancestrale,
que tes ardents flambeaux veillent sur nos terrasses ?

Essence d'outre-sylve aux fleurs couleur de lèvre,
emblème de triomphe, objet de mainte fièvre,
laurier, ce n'est pas toi qui vas ceindre mon front !

Je préfère cet arbre aux vivaces racines,
gardien de nos vallons, orgueil de nos collines,
au pied duquel mes soeurs venaient danser en rond !
page XX
Manga
A qui goûte ta pulpe où le soleil austral,
suscitant de la sève une douce saveur,
s'est tant de fois penché dans toute sa splendeur,
ô gardien du village ancestral,

ou, passant éphémère, enchantant sa langueur
loin des bruits d'Iarive, au pied du mont royal,
à qui va pénétrant le palais végétal
qu'ouvre au soir majestueux ton coeur,

dis, oh ! dis, beau manguier, qu'en tes rameaux puissants,
il est d'autres attraits que tes fruits mûrissants
ou que l'ombre où vibre la lumière !

Entr'ouvre-les parmi les pâleurs de l'azur
et que se montre aux yeux le mausolée obscur
sous lequel dort la race première !

page 66
Zahana
Ce n'est pas au jeu vain de nos vieux amoureux
qui s'écrivaient, jadis, sur tes feuilles naissantes
et, se rendant le soir en ton sein ténébreux,
saccageaient les rosiers sauvages de nos sentes,

ni même à la saveur de tes fruits succulents
où jutent les soleils de notre terre chaude,
que ton nom inconnu se doit d'être en mes chants
et d'y répandre tes purs frissons d'émeraude !

Mais, exilé des lieux d'où nous sommes natifs,
tu n'as plus dans nos champs que des jets maladifs
qu'une terre inclémente et stérile harasse !

Comme le mien ton front n'offre plus au matin
que les dernières fleurs d'un arbre qui s'éteint,
et ta défaite est soeur de celle de ma race !

page 46
Souffle, ô vent, dans la conque embaumée
des daturas et de leurs hybrides,
enchantement des terres arides
de ma vieille Emyrne décimée
page 77
la piété qu'on doit aux morts que l'on oublie
et mon ferme désir de vivre en le génie
de l'Emyrne qui meurt
page 113
je pense aux jours futurs où des palais de pierre
et des usines spacieuses
briseront en mon Emyrne silencieuse
les lignes de l’azur et les flots de lumière
page 96
Une légende obscure et vaine nous rallie,
race éteinte d’Emyrne au bois découronné,
à l’archipel lointain de la Polynésie
dont le passé floral n’est pas plus fortuné.
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Updated on 2020/08/11