Quotes : tongahasina

Bernard-Thierry Solange : Perles magiques à Madagascar
page 47
La perle nommée tongahasina * est représentée par six exemplaires. C'est l'une des perles les plus importantes par sa valeur magique. Son nom même signifie « parvenu au hasina », c'est-à-dire à la vertu des êtres doués d'une puissance surnaturelle. Cette perle a la particularité de présenter des côtes comme une citrouille ou un melon, plus ou moins accentuées, en nombre variable. Or le mot hasina, outre son sens de vertu, d'efficacité magique, possède aussi celui de « quartiers d'un fruit, orange ou citron », et la forme de la tongahasina paraît matérialiser cette acception. Renel signale qu'il en existe deux sortes : les tavoahangy en verre de bouteille, transparentes, vert foncé, côtelées, et les bakoly, en faïence opaque, à côtes grossières, de deux couleurs. Notre collection offre en effet deux types, mais en verre l'un et l'autre : verre de bouteille transparent, et pâte de verre opaque. Les couleurs sont le bleu outremer, le vert, le mordoré, le blanc uni ou le blanc avec une zone jaune pâle, pour les perles transparentes ; l'émail noir orné d'un « ruban » blanc transversal et l'émail jaune d'or uni, pour les perles en pâte çpaque. Ce qui reste essentiel pour caractériser la tongahasina, c'est qu'elle présente des côtes qui la partagent en autant de quartiers. Pages qui la décrit d'une manière assez obscure, parle « d'un cercle duquel partent vers ses pôles des rainures ». « Elle est dénommée tongahasina », ajoute-t-il, « parce que les indigènes la tenaient pour l'égale du souverain, et que, la possédant, ils devenaient de ce fait ses vassaux. Comme le suzerain doit aide et protection à ses vassaux, ils croient que cette perle a une influence considérable sur le destin de l'individu. En effet, les enfants nés dans le mois d'Adizaoza ou « mois trembleur » parce que le destin donné par ce mois n'est pas réputé fameux, portent cette perle et la gardent jusqu'à la mort... Cette perle est censée changer le destin de l'individu... et le rendre meilleur ». Chose très intéressante, l'identification faite par Pages de la tongahasina avec le souverain, et le fait que ses détenteurs se sentaient alors vassaux du roi, rendent compte d'un troisième sens du mot hasina, celui de « tribut offert en hommage au souverain ». Par le hasina, piastres d'argent ou morceaux de piastres d'argent, le peuple reconnaissait le pouvoir du monarque sur lui et témoignait de sa propre vassalité : c'était l'affirmation du contrat entre le roi et son peuple, c'était aussi le renouvellement et le renforcement de cet accord, consacré en maintes occasions. Aujourd'hui, il n'est pas rare de trouver une ou plusieurs de ces perles déposées en offrandes sur une pierre sacrée. On la place alors à l'intérieur d'un cercle tracé à la terre blanche, la taniravo ou « terre joyeuse ». Une seule suffit à donner au charme une très grande efficacité. Quand elle n'est ni déposée en offrande ni placée dans un ody, les hommes la conservent dans leur sachet à argent.